Les "point G" de mes surfs.
Une géographie personnelle du Web.
Réalités virtuelles, toutes nues et commentées...
Cultiver et manger "bio", une coûteuse lubie de privilégiés sur une planète dont presque la moitié des habitants souffrent de faim ou de malnutrition ?
C'est ce que l'on peut lire ou entendre ici ou là et certains pensent que seule une "grande agriculture" "productiviste" serait capable d'alimenter correctement la planète.
Qu'est-ce qu'une "grande agriculture" ?
Une agriculture de très vastes exploitations aux mains d'un groupe réduit d'exploitants, bénéficiant d'une très forte mécanisation - automatisation des tâches et aux portes desquelles s'entasseraient des milliers d'ex-agriculteurs sans emplois et sans terres ?
Que signifie "productiviste" ?
Une agriculture qui privilégierait le rendement au détriment de toute autre considération ?
Tandis qu'à l'opposé végéterait une agriculture "biologique" peu efficace mais "respectueuse de l'environnement" ?
Ceux qui décriraient ainsi le panorama de l'agriculture se tromperaient lourdement et montreraient leur ignorance d'un certain nombre de faits prouvés.
De quoi parle-t-on en évoquant le "productivisme" ?
Du rendement de production à l'hectare de telle ou telle plante ou du rendement financier d'une exploitation, ce qui n'a pas le même sens.
A qui profite le bénéfice de l'utilisation des terres, dont la surface n'est pas extensible sur notre planète, à qui porte préjudice leur monopolisation éventuelle, ou les mauvaises pratiques que l'on constate de façon très générale ?
Si nous considérions enfin un jour qu'une terre cultivable, tout comme nos ressources en eau, est d'abord un bien public à l'échelle mondiale et qu'en conséquence il doit être utilisé d'abord et avant tout pour servir l'intérêt général ?
Mais, demanderez-vous, qu'en serait-il du droit de propriété et quel rapport cela a-t-il avec l'agriculture biologique ?
Imaginons donc que l'essentiel de l'ensemble des terres cultivables soit la propriété de deux personnes et que leur intérêt du moment soit de stocker, pour une, deux années, leur production afin que les cours atteignent des sommets.
Etes-vous prêt à accepter sans critique la famine mondiale qui en résulterait probablement ?
Pourtant on a souvent constaté que les "jeux" des plus puissants sur les marchés ont provoqué d'immenses difficultés dans certains pays, monoculteurs d'hévéa, de café, de cacao par exemple : le phénomène est donc réel.
Une réflexion sur le droit de propriété, ou le droit d'exploiter dans certaines conditions pourrait un jour s'imposer.
Et ces deux propriétaires polluent sans retenue : la qualité des eaux, jusqu'à celle des océans, se dégrade, on retrouve partout à des concentrations alarmantes des pesticides qu'ils utilisent sans compter...
N'aurez-vous pas envie d'interpeller ces deux propriétaires qui mettent en danger la planète, votre santé...
Mais vous savez très bien que c'est exactement ce qui se produit actuellement, du fait de millions de propriétaires qu'il sera moins facile de désigner un à un...
Vous savez parfaitement que les eaux de surface et souterraines de France sont gravement polluées, que cette pollution affecte l'Atlantique et la Méditerranée, nos santés aussi et votre facture d'eau, qui ne cesse de grimper en fonction des coûts des traitements de potabilisation qu'il est indispensable de leur appliquer.
Vous savez très bien que des années de culture intensive de la banane aux Antilles, à grand renfort d'un produit très toxique, le chlordécone, a empoisonné pour une très longue durée des milliers d'hectares, et qu'un très grand nombre de produits toxiques sont déversés dans les champs chaque année, la France est même championne de ce point de vue avec une consommation parmi les plus fortes au monde.
Nous pratiquons un productivisme dévastateur !
Il est tout de même paradoxal de devoir constater qu'une espèce dont je n'ai pas eu vent qu'elle revendiquerait un niveau d'intelligence supérieur à tout ce qui bouge sur Terre pratique l'agriculture depuis plusieurs dizaines de millions d'années sans jamais avoir mis en péril son environnement tandis qu'une espèce qui se croit au firmament de l'intelligence détruit ce même environnement, éradique de nombreuses espèces, stérilise des milliers d'hectares de terres arables... en moins de 10 000 ans d'agriculture, se mettant à terme elle-même également en péril !!!
Car les fourmis cultivent plantes et champignons, élèvent insectes et bactéries, gèrent production et déchets avec une remarquable efficacité et de façon on ne peut plus durable.
Notons que, contrairement à une idées assez répandue, elles parviennent à ces résultats en travaillant assez modérément, certaines études récentes le démontrent.
En outre les fourmis prennent grand soin, à leur façon mais nul ne peut la leur contester, de chaque individu, ce qui n'est pas systématiquement le cas chez les humains : elles ont su trouver un équilibre durable qui nous échappe toujours.
Un point commun entre hommes et fourmis : l'utilisation de la chimie, chacun à sa façon et avec des résultats... différents.
Rappelons qu'en masse, les fourmis ont sur Terre une grande supériorité sur les hommes, et n'évoquons pas le nombre d'individus...
Elles pourraient donc sans difficultés, si elles devenaient aussi malhabiles que nous le sommes, faire courir d'énormes dangers à notre environnement, à la biosphère, et menacer notre survie.
Quel est leur secret en agriculture ?
Avoir su utiliser les propriétés de plantes, champignons, bactéries... en respectant leurs propres équilibres et en conjugant différents équilibres, que l'on dira "naturels".
C'est vers un développement équilibré qu'il nous faut aller, équilibré avec nos ressources et leur renouvellement dans un environnement capable de l'assurer, équilibré entre nous-mêmes, humains.
C'est exactement ce que se propose de faire l'agriculture biologique, et le fait que nous n'ayons pas les millions d'années d'expérience accumulées par les fourmis explique peut-être en partie nos erreurs.
Dans ce cas mettons les bouchées doubles pour les corriger car le temps presse !
On ne mesure pas le rendement de l'agriculture au seul nombre de quintaux récoltés par hectares, et il est indispensable de considérer les avantages de telle ou telle forme d'agriculture au niveau des avantages sociétaux qu'elle procurera ou non, d'un point de vue assez global donc.
Ce point de vue intégrera bien entendu le rendement à l'hectare, mais aussi le rendement financier d'une exploitation et de très nombreux autres critères qui feront qu'un équilibre favorable à l'ensemble de la société sera ou non atteint.
La faculté de cette agriculture à nourrir l'ensemble de la population sera donc également un élément majeur de ces "avantages sociétaux" tout autant que la préservation d'un environnement sain.
Adoptant un tel poste d'observation il nous faut donc envisager le "productivisme" sous un angle différent, prendre en compte l'ensemble de ce que "produira" l'agriculture en termes de services à la société et les facteurs d'équilibre qu'elle pourra lui assurer.
Oui, cela existe, et le constat n'est pas isolé, il résulte d'études conduites au niveau mondial portant sur les résultats de nombreuses exploitations examinés sur de longues périodes.
Un bon nombre de dirigeants de l'industrie agricole, de scientifiques spécialisés dans l'environnement et dans l'agriculture et d'experts agricoles internationaux pensent qu'une transition à grande échelle vers l'agriculture biologique permettrait non seulement d'augmenter l'approvisionnement alimentaire mondial mais serait peut-être même la seule manière d'éradiquer la famine.
La suite à lire ici : L'agriculture biologique peut-elle nous nourrir tous ?, avec le pourquoi et le comment.
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