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Eviter qu'une personne, un groupe ou un système émanant d'un groupe, fût-il majoritaire, puisse exercer un pouvoir qui ne respecterait pas une exigence d'intérêt général, c'est éviter la dictature et nous devons y parvenir.
Pour cette raison le concept "d'acceptation unanime" doit guider toutes les actions entreprises afin de conférer au monde un meilleur équilibre.
Si la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme constitue la base réglementaire la mieux reconnue de ce point de vue à ce jour on constate que l'application de ses différents articles reste très éloignée de la perfection.
On peut voir en cela un défaut dans le dispositif juridique qui serait garant de son application ainsi qu'un conflit dans la hiérarchie des juridictions qui pourrait mettre en opposition cette déclaration et les réglementation de l'OMC.
Les négociations à l'OMC ne portent donc plus qu'« accessoirement » sur les politiques commerciales pour couvrir de plus en plus le champ des politiques intérieures.
Dans ce contexte de remise en cause de choix de société nationaux ou internationaux, beaucoup d'organisations sociales et associatives dénoncent cette mondialisation « libérale », puisqu'elle se fonde sur la prééminence du marché comme instance de régulation des sociétés. Elles contestent particulièrement la primauté du droit commercial : parce que l'OMC est la seule instance de régulation internationale disposant d'un système juridique contraignant, les réglementations sanitaires, sociales et environnementales doivent tenir compte de ce que l'OMC permet ou interdit, comme dans le cas du boeuf aux hormones par exemple.
A lire sur France-Diplomatie : Les agriculteurs du Sud et l'OMC.
Pour démontrer que ne nous serions pas dans un régime dictatorial dont l'OMC serait la tête il faudrait démontrer à la fois que ce régime a été l'objet d'une large "acceptation unanime" et qu'il agit dans le sens d'un intérêt général réel, immédiat aussi bien que durable.
Est-il possible de fournir une telle démonstration ?
John Stuart Mill écrit en 1848 dans ses principes d'Economie Politique :
... un peuple peut être dans un état léthargique, indolent, inculte, toutes ses aspirations étant soit satisfaites, soit en sommeil, et il peut ne pas mettre en oeuvre toutes ses forces productives faute d'objet à désirer.
Cela pourrait correspondre à la description elliptique d'une de ces sociétés millénaires en équilibre avec elle-même et son milieu comme je l'évoque dans "L'équilibre".
Il continue :
L'aventure du commerce extérieur, en lui faisant connaître de nouveaux objets ou en lui offrant la tentation d'acquérir des objets qu'il ne pensait pas pouvoir se procurer antérieurement ... encourage ceux qui se satisfaisaient de peu de confort et de peu de travail à travailler plus dur pour satisfaire leurs goûts nouveaux, voire même pour économiser et accumuler du capital...
L'objectif affiché "du commerce" serait donc que chacun puisse être soumis à plus de tentations afin essentiellement d'alimenter ce même commerce dans une insatisfaction générale et partagée car la quête systématique de nouveauté n'a pas de fin.
Ainsi défini cet objectif exclut par principe tout équilibre : nous sommes quasi universellement et en permanence soumis à ce vecteur de tentation qu'est la publicité qui agit en faveur de l'intérêt "du commerce" mais est-il le meilleur siège de l'intérêt général ?
Cela se discute à divers propos, par exemple : A la recherche de la sécurité alimentaire.
En outre nous pouvons largement observer que "le commerce" n'a pas tenu l'ensemble de ses promesses : si la tentation est omniprésente il n'est pas à la portée de tous de même songer à pouvoir la satisfaire dans un monde où l'on meurt massivement de faim, de la pollution de l'eau..., dans un monde riche où les besoins les plus basiques d'une part importante de la population mondiale ne sont pas satisfaits.
Travailler plus dur ne suffit pas dans de très nombreux cas, même dans les pays les plus riches, et le taux de croissance d'un pays n'est pas synonyme d'une amélioration des conditions de vie des plus pauvres, loin de là .
Nous sommes revenus après qu'il ait été déconsidéré au principe de l'effet de ruissellement : l'enrichissement des plus riches enrichira les plus pauvres (Les idées de la Banque mondiale en matière de développement).
Considérons cela comme une forme de promesse mais qui n'engage personne : l'horizon de futur pour cet enrichissement des plus pauvres n'est nullement fixé, non plus que le montant de leur enrichissement.
Qu'ils continuent donc à travailler dur à la poursuite d'une inaccessible carotte, en quelque sorte, car l'espoir fait vivre et tout le monde est content !
C'est la version tout à fait cynique d'un "mode de développement" qui ne profitera longtemps qu'aux plus riches et qui exclut tout volontarisme pour favoriser l'accession des plus pauvres à de meilleures conditions : l'action "du système" donnera les résultats qu'elle pourra, avec une perspective indéfinie de mieux être, mieux vivre, pour les plus démunis.
Cela est-il susceptible de faire l'objet d'une "acceptation unanime" ?
Cela répond-il aux critères de la démocratie, cela satisfait-il à ceux de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme ?
Ne nous trouvons-nous pas là dans le contexte d'une forme de dictature ?
Dans ce cas la codification sur laquelle repose actuellement nos comportements, qui serait la conjonction des actions de la Banque Mondiale et de l'OMC, doit être abandonnée au profit d'une codification plus équitable.
Cette codification plus équitable doit mener à alléger les contraintes qui pèsent sur les plus pauvres et qui sont le siège d'injustices flagrantes.
Il se trouve que l'application de ces contraintes agit effectivement en faveur des plus aisés, qui profitent dans une très large mesure des conditions de travail à très bas salaire qui se pratiquent dans le monde mais aussi de divers autres avantages, notamment celui émanant du fait que ces "plus démunis" ne sont pas des compétiteurs significatifs vis à vis de l'utilisation d'un grand nombre de ressources : l'assouplissement des contraintes que subissent les plus défavorisés implique le durcissement de celles qui s'appliqueront aux plus riches.
Il n'est "pas évident" que ces derniers soient disposés à accepter ce mécanisme : il est indispensable de mettre au point une méthode qui permettrait ce rééquilibrage que l'on ne pourra peut-être différer longtemps.
Car ce déséquilibre présente un risque, celui de réactions violentes et l'on peut se demander s'il n'est pas le ferment de certains désordres, de certains "terrorismes" peut-être, l'origine de migrations massives aussi..., toutes réactions qui augmenteront le déséquilibre du monde.
D'autre part il devrait être assez insupportable d'un point de vue éthique (ou moral, au choix), n'est-il pas ?
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