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L'agriculture, comme art d'utiliser les capacités du vivant afin de s'alimenter ?
Il faut ici comprendre "art" comme "Ensemble de moyens, de procédés conscients par lesquels l'homme tend à une certaine fin, cherche à atteindre un certain résultat" (Art).
Des capacités qui changent au gré de différents facteurs, que l'on fait évoluer, et qui dépendent de très nombreux paramètres qui peuvent varier.
Parmi ces paramètres on trouvera la nature des espèces en présence, qui peuvent entrer en concurrence, intéragir de façon positive ou négative jusqu'à s'exclure, et l'introduction de nouvelles espèces dans un écosystème peut représenter une chance aussi bien qu'un danger.
Les espèces invasives : une menace pour la biodiversité
La nature des sols et leur évolution sera également déterminante : le sol riche d'une forêt que l'on défriche afin d'y cultiver s'appauvrira généralement très vite, le sol riche d'une prairie que l'on convertira à la culture céréalière demandera très vite des amendements réguliers sous peine de ne plus rien produire si l'on ne pratique pas une rotation des cultures correctement conçue accompagnée de diverses précautions...
L'évolution du climat saura très vite nous dicter ce que nous pouvons faire ou non, et nous sommes en pleine période de changements climatiques.
Nos besoins aussi évoluent, qu'ils soient alimentaires ou industriels, et il y a eu depuis très longtemps des formes d'agriculture à vocation industrielle, que l'on pense au coton, au chanvre ou au lin par exemple.
Aujourd'hui nous pouvons faire venir de l'autre bout du monde n'importe que animal, n'importe quelle plante de façon quasiment instantanée, nous pouvons très rapidement labourer d'immenses surfaces sur lesquelles une seule espèce, celle qui y sera cultivée, demeurera : éradication massive d'espèces "sans intérêt commercial", végétales autant qu'animales.
Annihilation de ces millions de micro-organisme du sol, qui participaient à son équilibre, par des produits phytosanitaires, disparition des insectes, mais aussi du gibier...
Le moyen le plus communément utilisé pour maintenir rentables ces zones de monoculture est le recours aux produits chimiques et pétrochimiques comme engrais soit comme traitements pesticides, fongicides...
Autant de produits qui se retrouvent dans les sols, les eaux de boisson, de rivières et océaniques et dont la production est synonyme à la fois de fortes émissions de gaz à effet de serre, de polluants divers, et de facteur d'épuisement de nos ressources fossiles.
Quel gaspillage car ces micro-organismes du sol sont une richesse que l'on détruit et dont on remplace les apports par des produits fort coûteux à tous points de vue :
Il a été démontré qu'une gestion appropriée des mycorhizes en agriculture permet une réduction substantielle de l'apport d'intrants chimiques réduisant ainsi le degré de pollution des eaux de surface, les travaux d'entretien et d'exploitation, les coût de production tout en maintenant les rendements à leur meilleur.
A lire dans : Biodiversité des champignons mycorhiziens, par Y.Dalpé, DSc Centre de recherches de l'est sur les céréales et les oléagineux (CRECO).
Ainsi notre agriculture, qui pourrait se montrer d'une très grande sensibilité aux changements climatiques agit comme un facteur aggravant : elle produit le réchauffement qui fera que des espèces ne pourront plus se développer dans les régions où elles étaient cultivées depuis fort longtemps.
Il y a donc objectivement une dynamique de destruction directement imputable à la puissance de nos moyens d'action, et le mot "puissance" est ici parfaitement approprié.
En effet la puissance est une quantité de travail effectuée dans un temps donné, et la quantité de travail que nous pouvons effectuer en un temps très court est maintenant énorme.
Nous pouvons donc bouleverser des écosystèmes entiers sans que les espèces qui y sont présentes aient le temps de s'adapter, un temps d'adaptation qui est toujours très long.
Réchauffement du climat, pollutions, migration d'espèces, invasions non souhaitées qu'il est parfois impossible de juguler par un traitement... jusqu'à la nécessité de polliniser manuellement les cultures, comme cela se fait depuis plusieurs années dans certaines régions du monde...
Il nous faut préserver des écosystèmes, en restaurer d'autres et adapter nos cultures aux conditions locales aussi bien qu'à nos besoins et préserver une biodiversité qui s'amenuise de jour en jour sans que cela saute aux yeux.
Un petit tour parmi quelques espèces nous donnera un apreçu de quelques réalités, de quelques opportunités peut-être ?
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